26.11.2008
Tibet : autonomie mais pas séparation, rêve irréalisable?
Les délégués tibétains ont achevé samedi dernier leur rencontre à Dharamsala par choisir la "voie moyenne" de Dalaï lama, alors que la jeune génération en exil préconise des mouvements plus radicaux. Et les négociations avec le gouvernement chinois n'ont toujours pas porté fruit...
Thupten et Lobsang étaient en train de dessiner le mandala, magnifique tableau aux sables colorés, pour la cérémonie de dissolution du lendemain. Ces deux moines tibétains sont invités à Lille pour la dixième édition de la Journée tibétaine, organisée par l'Association Tibet 59/62.
Au début ils ne voulaient pas parler de la politique. Ils étaient là pour promouvoir le bouddhisme, qui n'était pourtant pas le seul but de l'organisateur: les photos de torture étaient affichées, racontant l"'invasion de la Chine communiste". Mon amie et moi, nous ne voulions pas lâcher: c'était pour nous la première fois de pouvoir discuter avec les Tibétains. Occasion précieuse pour savoir ce que pensent vraiment ces moines mystérieux, enveloppés dans leurs longues robes cramoisies, de tout ce qui s'est passé autour de Tibet.
"Il y a un grand fossé entre les Tibétains en exil et nous, Tibétains en Chine",Thupten lama de Kangding, une zone tibétaine dans la province du Sichuan, a enfin lâché. "Ceux qui ont participé aux manifestations étaient tous les Tibétains en exil. Nous, nous ne voulons pas nous séparer de la Chine, nous sommes de la même famille."Né en 1978, Thupten se dit "grandi sous le drapeau rouge".Selon lui, le Dalaï lama veut une autonomie culturelle dans la grande zone tibétaine, couvrant le Tibet et quatre autres provinces, mais pas l'indépendance.
Si le chef spirituel ne réclame qu'une liberté de religion, pourquoi le gouvernement ne l'accepte toujours pas? "Parce que les Hans ne comprennent pas le bouddhisme. C'est une religion qui demande l'auto-contrôle, la raison, la sincérité. Les vrais bouddhistes ne provoquent jamais les conflits",Thupten essayait d'expliquer, malgré son chinois pas très courant. Une autonomie culturelle, c'est aussi ce dont il rêve. Il est en France depuis trois ans pour ses études, parce qu'en Chine il n'y pas de bonnes écoles de bouddhisme. "C'est dommage que les moines de haut niveau sont très rares là-bas. Sans études supérieures, les moines n'arrivent même pas à lire les soutras", a-t-il déploré.
Pendant la conversation avec Thupten, Lobsang lama, qui ne parle pas bien chinois, se concentrait sur le mandala. Mais à la fin, il s'est adressé à nous, en demandant à son ami de traduire:"A n'importe quel moment où je vois un Han, je me dis de mon coeur que nous sommes de la même famille. Quand vous voyez un Tibétain, allez parler avec lui! Les Hans et les Tibétains seront toujours ensemble. Nous espérons aussi qu'on connaît la vraie situation des Tibétains."
Après la cérémonie de dissolution, la distribution des sables porte-bonheur. "Je vais dire au revoir à mon ami tibétain." Ma phrase a surpris mon interlocuteur français:"Ah ben c'est bien de dire que vous êtes amis!""Bien sûr, on est ami, on n'est jamais ennemi." Mais malheureusement, la politique n'est jamais si simple que ça.
20:46 Publié dans rencontre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : tibet, chine, dalaï lama, autonomie
28.03.2008
Aux émeutes au Tibet s'ajoutent la bataille entre les médias chinois et occidentaux
L’objectivité n’existe pas dans la presse. Encore une fois cette vérité a été approuvée. S’il ne s’agissait pas d’une déformation de l’information, les médias chinois et occidentaux prennent juste chacun leur parti. Et le public accepte, avec plaisir ou malgré lui, cette manipulation d’opinion.Entre 30 et 60 moines tibétains ont perturbé jeudi l’opération de communication chinoise, la première du genre depuis les émeutes qui ont éclaté le 14 mars. Le gouvernement chinois pense à tout organiser, comme organiser un Tibet harmonieux, mais encore une fois, il "rate" son opération, selon leMonde.fr. Les médias chinois se contentent d’énumérer les médias étrangers participant à cette visite.
Puisque l’accès des journalistes au Tibet pendant les événements a été interdit, il est difficile de vérifier les informations provenant des deux sources principales : Pékin et Dharamsala. D'un coté, les médias Chinois ne montrent que les émeutes et les Chinois qui se fait agresser par des Tibétains furieux, et de l'autre, les médias occidentaux, qui fautes d'images s'en tiennent images de blindés dans Lhassa et aux déclarations invérifiables de centaines de morts, du gouvernement Tibétains en exil.
Les occidentaux agités par les répressions sanglantes des manifestants par l’armée chinois, n’attendent pas à montrer leur soutien aux Tibétains. Ils sont descendus dans les rues avec les Tibétains manifestants dans le monde entier, en faisant appel à un boycott des Jeux Olympique pour faire pression au gouvernement chinois. Des sportifs français ont fait appel aux autorités chinoises de respecter les droits de l’homme pour ne pas "gâcher les jeux". Une espèce d’émotion pathétique dans le monde occidental. Rarement sont ceux qui prêtent leur compassion aux Chinois agressés.
Une autre ambiance parmi les Chinois, tant en Chine qu’à l’étranger : la colère. Anti-cnn.com, un site lancé par les étudiants chinois à l’étranger, est au front de la riposte contre les médias occidentaux. Le but est de dénoncer l’injustice des reportages, en demandant également aux internautes d’y contribuer. "Il cite des témoignages d'étrangers racontant la violence des émeutiers, reproduit des photos aux légendes trompeuses, comme celles de policiers népalais en train de réprimer des manifestations, accompagnant des articles sur la répression chinoise." (AFP) Tout comme les Chinois soupçonnent l’implication de CIA dans les événements au Tibet, les journalistes occidentaux demandent si le gouvernement chinois est derrière ce site. "Ce sont les Chinois qui condamnent, critiquent les reportages irresponsables, immoraux", déclare Qin Gang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères (ChinaDaily).
Face aux reportages contradictoires, les témoignages des touristes s’avèrent importants pour savoir ce qui s’y est passé. Ils sont plutôt recherché par les Chinois. Anti-cnn.com cite un blog d’un touriste canadien: "Je voudrais faire une chose clair parce que la plupart des médias ignorent un fait très important. Oui le gouvernement chinois porte une grande responsabilité de la situation. Mais hier les protestants n’étaient pas pacifiques. (…) Ils ont attaqué les policiers et les innocents chinois... »
Les occidentaux qui brandissent le drapeau de Tibet en hurlant "Free Tibet" et les Chinois irrités ont probablement un point commun : la plupart d’entre eux n’ont jamais été au Tibet, ils ne connaissent pas la vie actuelle des Tibétains ni son histoire. La plupart des occidentaux sont persuadés que le Tibet indépendant a subi l’invasion des communistes chinois, comme pour la plupart des Chinois, le Tibet "était, est et sera toujours une partie de la Chine". Origine de divergence.
"Les autorités n’ont guère le choix. Si la répression est excessive, elle risque de se faire dénoncer par les gouvernements étrangers au risque de remettre en question le bon déroulement des JO. Mais si elles laissent faire, tous les mécontents pourraient recourir à des manifestations, et le « désordre » si redouté deviendrait réalité." Jean-Phillipe Béjà résume bien « L’impasse tibétaine ».
Sans aucun doute, le gouvernement communiste chinois a la main de fer, et les indépendantistes tibétains semblent vouloir aller jusqu’au bout, avec le soutien des défendeurs de droits de l’homme. Ils n’écoutent même plus leur dirigeant spirituel Dalaï Lama qui préconise toujours la non-violence. Les Chinois qui ne sont pas forcément contents du Parti communiste soutiennent cette fois leur gouvernement parce qu’ils ne supportent pas la séparation, qui, pour eux, signifie la guerre, dont eux-même seront victimes.
19:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.03.2008
À quoi ça sert ?

Rien n'est plus absurde que ça. Censure totale sur la jeune actrice Tang Wei dans tous les médias, en raison de son rôle controversé dans "Lust Caution", le dernier film d'Ang Lee.
Evidemment, il s'agit d'une décision de la fameuse SARFT (Administration d'Etat pour la radio, le cinéma et la télévision). Différente des censures précédentes sur des réalisateurs et des films, cette fois, c'est une ordre intérieure. Pas de dossier officiel ni argument précisé.
Si l'interdiction était basée sur l'interprétation de l'actrice dans les scènes érotiques, la SARFT doit prendre quant à elle la responsabilité de les laisser échapper, car le film a déjà subi une amputation de 7 minutes avant sa sortie. Et si l'accusation portait sur son rôle qui "embellit les traîtres au pays et défavorise l'image des martyrs", la SARFT n'a-t-elle pas commis l'erreur de laisser entrer ce film politiquement incorrect dans les salles obscures? Pourquoi cette contradiction avec elle-même? Quelle coulisse derrière cet acte brutal, 5 mois après la sortie du film?
Plus étonnantes sont les réactions des internautes chinois. Suivant les articles du sujet sur de divers sites, les commentaires sont divisés en deux: soutien à l'actrice et l'applaudissement pour la mise sur la liste noir. Les uns se réjouissent de cette mesure nécessaire évitant une dégradation morale dans le milieu cinématographique, car selon eux, la montée rapide de Tang Wei grâce à sa présence osée dans les scènes sexuelles servirait exemple pour les actrices désireuses de faire la réputation. Les autres se contentent de la punition de l'actrice pour son rôle qui atteint leur patriotisme. Cette sensibilité patriotique me paraît peu crédible. Curieusement lorsque je regardais ce film, j'ai été beaucoup touchée par la scène où les jeunes étudiants montaient un théâtre à Hong Kong contre l'invahsion japonaise, au lieu de sentir insulté par la trahision de Wang Jiazhi (rôle de Tang Wei) vis-à-vis de ses camarades résistants.
On a peut-être surestimé la capacité des spectateurs chinois d'accepter de voir publiquement les scènes sexuelles comme celles dans "Lust Caution" et d'en parler, dans un pays où le sexe est depuis des millers d'années la "vice suprême"(aujourd'hui la Chine.com). Mais il est évident qu'une éducation fondamentale est nécessaire pour dévoiler ce mystérieux voile sur le sexe et pour qu'on ne le considère plus comme une vice! Ainsi qu'un système de classement pour adapter les films aux spectateurs de différents âges. A la place d'une censure simpliste et grossière!
Personnellement je ne me crois pas très critique à l'égard de certaines politiques du gouvernement chinois très critiquées par l'Occident, par exemple, en ce qui concerne la démocratie. En tant qu'étudiante à l'école de journalisme, j'ai eu l'occasion de témoigner de près, lors des élections municipales, de la démocratie occidentale qui mérite d'être appréciée. Ceci dit, je ne pense pas que la Chine est prête pour la démocratie occidentale. Il suffit d'imaginer 1 milliard 300 millions d'habitants, dont 80% de paysans avec une grande majorité illettrée qui vont voter! Mais cette fois, en face à cette abérrante censure sur une actrice, je déplore le recul.
15:09 Publié dans Politique plutôt... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










